Mangas : une année record menacée par le phénomène du scantrad ?

2020 est une année record pour le monde du manga avec plus de 23 millions d’exemplaires physiques vendus dans la francophonie. En parallèle, le scantrad, phénomène illégal faisant référence à un manga qui a été scanné et traduit depuis sa langue originale vers une autre, demeure toujours et menace l’édition. Continuer la lecture de « Mangas : une année record menacée par le phénomène du scantrad ? »

RuPaul, dynastie drag

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(RuPaul en reine Elizabeth I par Annie Leibovitz pour Vogue, mai 2019)

En un peu moins de trente ans, c’est un véritable empire que RuPaul a bâti : Cette immense drag queen noire de presque deux mètres (sans les platform shoes !) s’est illustrée dans la musique, la mode, le talk show…  Mais c’est avec « RuPaul’s Drag Race » que le grand public la (re)découverte.

Lancée en 2009 sur la petite chaîne câblée américaine Logo, l’émission voit s’affronter plusieurs candidates pour élire… la meilleure drag queen des USA ! A grands coups de perruques, de strass, de « lipsyncs for your life » et de « death drops », le show est passé de programme de niche à véritable phénomène culturel mondial depuis son passage sur Netflix en 2017.

Pour mieux comprendre l’engouement et le business autour de RuPaul et comment Sasha Velour, Adore Delano ou Katya sont devenus des modèles pour des millions de garçons et filles à travers la planète, un retour sur RuPaul et sa carrière s’impose.

« Nous naissons nu, le reste n’est que du déguisement »

Né RuPaul Andre Charles en 1960 à San Diego en Californie, « Mama Ru » comme ses fans l’appellent, a démarré dans le milieu underground d’Atlanta des années 80 en performant sur scène et en apparaissant dans divers clips musicaux (on peut l’apercevoir dans le clip « Love Shack des B52’s).

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(RuPaul dans les années 80)

« Je n’ai qu’une chose à dire : T’AS INTÉRÊT A BOSSER ! »

Mais c’est au début de la décennie suivante que sa carrière commence à décoller. En 1993, son single dance-house « Supermodel (You Better Work) » devient un tube aux USA et en Angleterre et propulse la drag queen sur le devant de la scène. De nombreux albums et singles seront publiés par la suite mais sans reproduire ce succès .

RuPaul va continuer d’établir sa présence dans les médias « mainstream » en apparaissant dans de nombreuses séries cultes des années 90 (Sabrina l’apprentie sorcière, Sister Sister, Walker Texas Ranger…), en devenant notamment égérie d’une marque de cosmétiques, en animant son propre Talk-Show « The RuPaul Show« etc,  apparaissant ainsi comme la première superstar drag.

« Messieurs, démarrez vos moteurs, et que la meilleure… gagne ! »

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(Photo promotionnelle du casting de la saison 10 de « RuPaul’s Drag Race »)

En 2009 débute la première saison de « RuPaul’s Drag Race« . Le principe de l’émission ? A la manière d’un télé-crochet, un jury (dont RuPaul elle-même) doit élire parmi plusieurs candidats la prochaine superstar des drag queens (« America’s Next Drag Superstar »). Plusieurs épreuves issues du monde drag et de la « ball culture » attendent les participants : Playback, couture, comédie, danse…

L’émission démarre timidement mais se constitue saison après saison une fan-base solide et devient culte dans le milieu LGBT+ américain. Les célébrités commencent à se bousculer pour intégrer le jury le temps d’un épisode : Pamela Anderson, Ariana Grande, Adam Lambert, Demi Lovato, Miley Cyrus… En 2017, le show passe de la chaîne Logo à VH1, propulsant ainsi ses audiences (Un million de téléspectateurs seront devant leur écran pour le lancement de la saison 10 avec Lady Gaga en « guest judge ») mais c’est avec le passage sur Netflix que tout va changer.

Grâce au géant américain du streaming, le monde entier découvre ainsi Ru et ses queens, leurs phrases cultes (« Now… Sashay away« , « Charisma, Uniqueness, Nerve & Talent« , « Not today Satan, not today!« , « I feel very attacked!« ) et « RPDR » devient un phénomène de société prônant la diversité et l’acceptation de soi. Acceptation ultime : Le show est récompensé aux Emmy Awards à plusieurs reprises et RuPaul a droit en 2018 à son étoile sur le « Hollywood Walk of Fame », une première pour une drag queen !

« FéliciDRAGtions, tu es la gagnante ! »

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(RuPaul recevant son étoile sur le « Hollywood Walk of Fame » en 2018)

Succès aidant, l’émission se décline à l’infini : Un spin-off rassemblant d’anciens candidats (« RuPaul’s Drag Race All Stars » compte déjà quatre saisons), des versions pour l’étranger (en Thaïlande, Angleterre et bientôt en Australie), des conventions de fans façon Comic Con (RuPaul’s DragCon), des tournées pour les drags queens participantes de l’émission à travers le monde (RuPaul’s Drag Race: Werq the World Tour)…

En homme d’affaires avisé, RuPaul a clairement compris comment tirer profit de son image et de sa marque, ce qui occasionne des critiques de plus en plus nombreuses : Gentrification et uniformisation de la culture drag pour le grand public, mégalomanie, des remarques jugées transphobes à plusieurs reprises dans les médias (RuPaul n’accepterait pas les candidates transgenres ayant déjà entamé leur transition)…

Malgré les polémiques, l’univers RuPaul ne cesse de s’étendre : Une série librement adaptée de sa vie a été lancée sur Netflix en début d’année (AJ & The Queens), la présentation de l’immense Saturday Night Live lui a été confiée ce mois-ci et la saison 12 (!) de RPDR sera diffusée dès le 28 février (saison qui accueillera d’ailleurs une drag queen française, Nicky Doll). Comme dirait l’intéressé à chaque fin d’épisode de son show : « Si tu ne t’aimes pas toi-même, comment veux-tu aimer quelqu’un d’autre ? »

Pour mieux comprendre l’univers glamour et pailleté de « RuPaul’s Drag Race », voici un petit « dragtionnaire ». Indispensable pour commencer à binge-watcher le show depuis le début !

Dragtionnaire

Lipsync for your LIFE!

Phrase utilisée (et criée !) par RuPaul à chaque fin d’épisode pour choisir quelle candidate sera éliminée après une performance en playback (lipsync).

Death drop

Une figure issue du vogueing qui consiste à tomber sur le dos, une jambe repliée en croix.

The shade

Forme d’insulte plus ou moins amicale consistant à vanner une autre drag sur ses défauts, notamment sur sa tenue.

Sashay away/Shantay you stay

RuPaul utilise ses deux phrases après le lipsync pour désigner la drag queen éliminée (« Sashay away ») et celle qui reste dans l’émission (« Shantay you stay! »).

Ball culture

Espace de rassemblement en « maison », issu de la communauté LGBT+ afro-américaine et latine.

Chaque maison s’affronte lors d’épreuves de danse, de défilés de mode pour remporter des prix. La ball culture a été popularisée auprès du grand public en 1990 par le titre « Vogue » de Madonna et aujourd’hui par la série « Pose ».

Drag mother/daughter

Quand une drag queen plus expérimentée prend sous son aile une protégée en « apprentissage ». Cette dernière devient alors sa « fille ».

Gagging

S’utilise quand une performance ou une tenue est à couper le souffle !

Padding

Le rembourrage utilisé dans les tenues pour créer l’illusion d’une silhouette ultra féminine.