Forest Gump : le portrait d’une époque ?

Forrest-Gump-poster-WEB-1150Forrest Gump, « Alternative Movie Poster ». Latislas 

Le mercredi 5 octobre 1994, Forrest Gump sortait en salles françaises et finit par rassembler 3,9 millions de spectateurs. Si le film célèbre cette année ces 25 ans, le personnage de Forest souffle quant à lui sa 33e bougie cette année. En effet, issu du roman du même nom, le livre écrit par Winston Groom fut publié en 1986. Au travers du personnage éponyme, l’auteur retrace les évènements historiques et politiques qui ont marqué le 20e siècle.En 1994, Forrest Gump est adapté au cinéma par Robert Zemeckis et devient LE film culte que l’on connait aujourd’hui.

Voyons comment Forrest Gump,  personnage de Winston Groom mis en scène par Robert Zemeckis est devenu l’une des figues les plus emblématiques du cinéma. 

Gump, aussi simplet qu’attachant ?

Interprété par Tom Hanks dans l’adaptation cinématographique de 1994, Gump, véritable protagoniste de l’histoire représente une figure controversée du cinéma américain. En effet, sous son apparente bonhomie, il fait figure de «  Brutus », d’idiot du village et incarne la bêtise faite personne. À la fois simplet et attachant, il met en lumière deux aspects questionnable de la société américaine moderne, et plus largement, des modes de vies occidentaux. Car en effet, en dépit de son caractère naïf, Gump représente l’américain moyen, l’homme de race blanche et de classe moyenne issu des fins fonds de l’Alabama. Il s’agit d’un produit «  made in America », véritable satire de la culture de l’inculture. De par son statut, Forest acquière une forme de légitimité décisionnel sur le monde qui l’entoure alors qu’il est incapable de l’appréhender.

Paradoxalement, il représente aussi le rapport conflictuel de l’acceptation des différences. Il ne faut pas oublié qu’étant enfant, outre son QI relativement faible, Forest souffre d’un problème moteur qui l’oblige à se déplacer avec des barres de métal accrochées aux jambes. Il est sujet aux railleries et au harcèlement de ses camarades. Sa seul issu : il  ► «  court Forest, court » pour échapper à ses bourreaux. C’est aussi dans cette forme de vulnérabilité que tiens l’essence du personnage de sa maman. Sally, mère célibataire des années 40’s et symbole fort des inégalités sociales liées au genre. Elle est et restera le meilleur atout de la réussite de Gump. Par ailleurs, tout au long du film, il faut référence à ses précieux conseils, car «  Maman disait toujours…» des paroles pleines de sagesses.

Figure politique malgré lui ?

Forrest Gump, scène du Ku-Klux-Klan. PetrDeath

Toujours là ou on ne l’attend pas, la singularité de ce protagoniste tient dans le fait qu’il représente un ensemble de symboles politiques forts et parfois, antagoniste. Tout d’abord, Forrest Gump, c’est l’incarnation de la droite républicaine. Ainsi, on apprend dès les premières minutes du film qu’il est issu d’une longue lignée de sudistes. On découvre alors que l’un de ces ancêtres – celui dont il porte nom -, Nathan Bedford Forrest, n’est autre que l’un des membres fondateurs du ku-klux-klan. Un groupe de suprémacistes blanc qui prônent l’asservissement ethnique. Dans cette scène, le réalisateur reprends les codes de «  The birth of a nation », le film considéré comme étant à l’origine de ce mouvement extrémiste. Les origines du personnage lui accole donc de fait un parti pris politique plutôt conservateur.

Mais, dans un second temps, ses disparités physiques et les limites de son intellect font de lui un personnage à part, stigmatisé et victime de ses différences. Et c’est donc à la fois sa propre histoire et sa naïveté qui vont l’obliger à développer une certaine forme d’empathie et de tolérance envers les autres. Le film fait état d’un certain anti-intellectualisme pour installer une philosophie simpliste : « La vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Ainsi, sous son allure candide, il développe un regard critique sur ses propres actions et sur ce qu’est le monde dans lequel il vit. Ce paradoxe est mis en évidence lorsque Forest rentre du Vietnam. Accueilli en héros par les uns, en criminel par les autres, il est amené par un habile concours de circonstance à s’exprimer sur scène lors d’une manifestation hippie. Vêtu de sa tenu d’officier, il va proférer un discours ce qu’est pour lui la guerre du Vietnam. Manque de chances pour le public, suite au sabotage d’un représentant de l’ordre, le discours est inaudible, et se termine sur cette simple phrase : «  c’est tout ce que j’ai à dire sur ça ».

Or, d’après les dialogues du film, voila ce que Forest exprime pendant son discours : ► « Well, there is only one thing I can say about war in Vietnam… Sometimes when people go to Vietnam, they go home to their mommas without any legs. Sometimes they don’t go home at all. That’s a bad thing. That’s all I have to say about that.» En d’autres termes : «Eh bien, je n’ai qu’une seule choses à dire à propos de la terre au Vietnam… Quelquefois quand les gens vont au Vietnam, ils rentrent chez leurs mamans sans jambes. Quelquefois ils ne rentrent pas du tout. C’est moche. C’est tout ce que j’ai à dire sur ça.» En dépit de sa simplicité, le message clairement politique de Gump n’en est pas moins significatif. Ainsi, ce jeu sur l’ambivalence du personnage de Forrest Gump est finalement assez représentative de l’époque incertaine dans laquelle il évolue.

L’histoire des Etats-unis pour les nuls, par un nul

Les aventures de Forrest n’ont de cesse d’être fortuites. Durant toute la durée du récit, il est présent à chaque événement qui ont marqué le siècle dernier. Mais, si l’histoire commence par quelques vieilles images de la guerre de cession, c’est très vite qu’elle fait un bon en 1956. Année pendant laquelle, par un heureux hasard, Forrest inspire un le jeune Elvis Presley qui deviendra the King grâce à son célèbre pas de danse.

En 1963, peu après sa miraculeuse entrée à l’université d’Alabama, il assiste au conflit entre Wallace et John F. Kenedy concernant le droit d’instruction d’étudiants africains-américains. La même année, à l’occasion de l’assassinat de JFK, le protagoniste racontera sa rencontre avec l’ex-président. 4 ans plus tard, Forrest, diplôme en poche s’engage dans l’armée et part combattre au Vietnam. Nous sommes en 1966. Lorsqu’il reviendra du Front, c’est aux côté de Jenny et des Black Panther de Washington qu’il passera sa première soirée. Puis, en 1969, il sera ravi d’apprendre que les hommes peuvent maintenant aller sur la Lune. Il va jouer un rôle important pour les Etats-Unis durant guerre froide puisqu’il représentera son pays face à la chine en tant que joueur de tennis de table.

Cependant, en 1972, c’est en la défaveur de son propre président que joue la chance de Gump ! En effet, il va révéler au grand jour le scandale du Watergate, provocant ainsi la démission de Nixon en 74. Puis, après s’être lancé dans le commerce de la crevette pour honorer la promesse faite à son défunt camarade Bubba, Forrest profite de sa bonne étoile. En effet, c’est au côté de son ami, le Lieutenant Dan qu’il fait fortune la même année, peu après l’ouragan Carmen.  Fort de quelques centaines de milliers de dollars, en 1976, lui et Dan croquent dans la pomme et investissent dans une « compagnie fruitière » : Apple.

Toutefois, en dépit de tous ses heureux hasard, Forrest fait face à un fléaux qui touche Jenny, son amour de toujours. L’année 1982, il apprend qu’elle est gravement infectée par le virus du SIDA. Ainsi, c’est tout en drame et en poésie que le film nous fait voyager aux coeur de conflits politiques complexe à travers le regard simple d’un jeune homme en pleine construction.