Osamu Tezuka, un précurseur de génie

Fondateur du manga moderne, Osamu Tezuka révolutionne la bande dessinée après la Seconde Guerre mondiale, en inventant un style graphique qui offre au manga des possibilités narratives à la croisée de la littérature et du cinéma. C’est ainsi que les studios occidentaux (comme Walt Disney qu’il estimait énormément) se sont inspiré de son travail pour produire les plus gros succès de l’histoire du dessin animé.

Biographie

Osamu Tezuka voit le jour le 3 novembre 1928 à Toyonaka, dans la préfecture d’Osaka, et s’éteint le 9 février 1989 à Tokyo.

Chose rare pour l’époque, le père de Tezuka possédait un projecteur de film. Son enfance fut très tôt influencée par la culture cinématographique des œuvres de Charlie Chaplin et de Disney. C’est au film Bambi que le jeune garçon dédie affection toute particulière. Il sera ainsi marqué par la vision des dessins animés de Walt Disney. Cette influence apparaîtra dans le style de Tezuka, avec des lignes rondes, généreuses et les grands yeux expressifs de ces héros (caractéristique qui deviendra une identité visuel du manga moderne).

Un autre univers influence le jeune Tezuka, quand à quatre ans sa famille déménage dans la ville de Takarazuka. Cette région a su faire naître en lui une réelle fascination pour la nature et les insectes (Tezuka a nommé son premier studio d’animation « Mushi Production », littéralement « Insecte Production »).


Astro Boy (1952)

Mais la nature n’est pas la seule chose à laquelle s’initie le futur prodige. Sa mère profite de la richesse artistique de la ville pour lui faire découvrir son très réputé théâtre et sa Takarazuka Revue qui est un mouvement moderne du théâtre. En opposition au théâtre traditionnel japonais joué exclusivement par des hommes occupant tout les rôles, même ceux des personnage féminin, la Takarazuka revue ne fait jouer que des femmes. En plus de l’aspect artistique, Tezuka nourrit des valeurs progressiste et humaines (il inventera plus tard le premier manga de type « shôjo » à traduire comme « pour filles »).

Pendant son enfance, il ne cesse de dessiner et gagne l’admiration de ses camarades de classes en reproduisant leurs héros de mangas préférés. Il publie ses premiers mangas et décroche à l’âge de 17 ans une place de rédacteur dans le Shôkokumin Shinbun (magazine « seinen » à traduire comme « pour public sérieux »). C’est dans ce magazine qu’il publiera sa première bande dessinée professionnelle, Le Journal de Mâ-chan, dans l’édition d’Osaka.


Le Journal de Mâ-Chan (1946)

En parallèle de sa profession de dessinateur, il suit des études de médecine à la prestigieuse université d’Osaka. On retrouvera des traces de sa formation dans son œuvre, particulièrement dans son manga Black Jack (publié en 1973), mettant en scène un chirurgien à gages, qui exerce dans l’illégalité. Par extension, le personnage du scientifique est une figure qui sera récurrente dans ses œuvres.

Dans un Japon détruit par la guerre, Tezuka rencontre le succès en 1947, grâce à un manga appelé La Nouvelle Île au trésor qu’il réalise en collaboration avec Shichima Sakai. Ce titre se vend à ce moment à plus de 400 000 exemplaires. Il mène alors une vie partagée entre la création artistique pour des magazines et ses études. Il travaillera aussi ensuite en tant que critique de cinéma.


La Nouvelle Île au Trésor (1947)

En 1952, Osamu Tezuka donne naissance à un héros qui marquera des générations de Japonais : Astro Boy (Tetsuwan Atom). Un petit robot, créé le 7 avril 2003 dans un monde futuriste, ayant l’apparence d’un jeune garçon.

À la fin de la guerre, en 1945, le Japon était ruiné. Les enfants n’avaient rien à manger. Lorsqu’ils ont découvert Astro Boy et les mangas d’Osamu Tezuka, ce petit robot détenteur de grand pouvoirs, sérieux malgré son apparence et défenseur de la paix a alors apporté au pays une dose d’espoir et d’énergie impensable. Les enfants se sont remis à rêver, donnant naissance à la montée en puissance du succès de l’artiste. Astro Boy a influencé de nombreux futurs concepteurs de robots comme Tatsuya Matsui designer du robot enfant Posy.

Le style de Tezuka rencontre un franc succès en raison des éléments nouveaux qu’il introduit dans ses planches de mangas. Il adopte en effet un découpage cinématographique et un style précurseur, jouant avec les codes de la bande dessinée avec beaucoup d’habilité. Il est de ce fait présenté comme le père du manga moderne.

Dans les années 1950, pour les besoins de son travail de mangaka, l’auteur s’entoure d’une équipe de dessinateurs pour l’assister dans ses travaux. En 1953, il s’installe pour travailler à Tokyo sur la recommandation d’un éditeur, dans une petite maison de bois appelée Tokiwasō (la villa Tokiwa) où il travaille avec son équipe. Tokiwasō s’apparente à une sorte d’atelier, où Tezuka donne les directives pendant que les autres artistes font les décors, les trames et le travail de documentation. Cette bâtisse deviendra célèbre pour avoir abrité depuis une succession d’artistes. Il connaît à cette époque une certaine rivalité avec Eiichi Fukui mais celui-ci meurt subitement de surmenage.

Cette organisation influencera le monde de l’édition au point de devenir un modèle : à la publication d’une nouvelle série, chaque mangaka se voit affublé d’une cohorte d’assistant qui s’occuperont de toutes les tâches chronophages (telles que la réalisation des décors, l’application des trames) dans le processus de production des œuvres. Cela a permis d’aboutir à un rythme de production tel que les magazines actuels proposent une publication hebdomadaire par chapitre de nos mangas préférés. Certaine maisons d’édition exploiteront par la suite la mise en rivalité entre deux auteurs pour les motiver à revoir leurs standards de qualité à la hausse. Ce modèle inspirera le duo prodige de Takeshi Obata et Tsugumi Oba (auteurs du monument Death Note) pour leur œuvre Bakuman, retraçant les coulisses du manga, dépeignant la doctrine Tezuka et abordant le sujet de la mort par surmenage.

En 1961, il fonde ses propres studios d’« anime » (également appelé « japanime » ou « japanimation », ces termes désignent une série ou film d’animation en provenance du Japon), Mushi Production qui lui donnent l’indépendance nécessaire pour mener ses recherches sur les techniques de l’animation.

Couplée aux techniques d’animation limitée, la force d’innovation de Tezuka lui permet de concevoir la réalisation d’épisodes de séries animées à un rythme hebdomadaire. Ce concept et surtout cette technicité sont très vite adoptés par les plus grands studios et sont à l’origine des séries animées actuelles. Tezuka est ainsi à l’origine de la première série animée japonaise diffusée hebdomadairement, Astro Boy, en 1963, qui narre les aventures animées du robot aux allures de garçon qu’il avait créé en bande-dessinée. Il est aussi l’instigateur d’une des premières séries japonaises en couleurs, Le Roi Léo en 1965, adaptation animée d’une autre de ses œuvres phares.

Les studios Mushi font faillite en 1973. Tezuka fonde alors un nouveau studio du nom de Tezuka Productions, qui produira les futurs films, mais aussi quelques remakes d’anciens « anime » de Mushi tels que, par exemple, la version en couleur d’Astro le petit robot qui sera diffusé en France.

Affaibli par le cancer, son matériel de dessin ne le quitte pas, même dans sa chambre d’hôpital et il poursuit les projets qu’il a entamés (une biographie de Beethoven en manga, l’adaptation animée de la Bible) jusqu’à sa mort en 1989, à laquelle des funérailles nationales sont organisées en son honneur.

Sacré au Japon « Dieu du manga », Osamu Tezuka est apprécié du public, un homme ayant influencé de manière décisive la destinée de l’art de l’animation, de l’industrie du manga et de la culture populaire.

Le musée Osamu Tezuka consacré son œuvre a été inauguré en avril 1994 à Takarazuka, la ville où il a passé son enfance.

  • Vue extérieure du musée Osamu Tezuka

Tezuka à l’étranger

Tezuka, bien qu’auteur reconnu au Japon, n’était que très peu connu à l’étranger. C’est le scénariste et producteur de films américains Fred Ladd qui sera le premier à introduire les productions animées japonaises aux États-Unis en diffusant la série Astro Boy sur la chaîne de télévision NBC Entreprise.

Dès les années 1960, les studios Disney voient en Tezuka une menace envers son industrie, et impose un chantage aux chaînes de diffusions télévisée. Si ces derniers ne renonçaient pas à diffuser Le Roi Léo et Astro Boy, Disney ne leur permettrait plus de diffuser ses productions.

Diffusé sous le nom de Kimba the White Lion, la série animée Le Roi Léo rencontre un fort succès sur le sol américain.


Kimba the White Lion (1965)

En 1994, les studios Disney connaissent le plus grand succès de leur histoire avec Le Roi lion, dans lequel le lionceau porte le nom de Simba. Si le scénario de Disney ne le mentionne pas, les similitudes avec l’œuvre de Tezuka sont nombreuses, tant sur le plan du scénario, des personnages, que du découpage de certaines scènes phares. Les studios Disney nient cependant la référence à Tezuka : ils indiquent que les ressemblances ne sont que pures coïncidences et déclarent même ne pas connaître l’auteur. La société de production gérant les droits des œuvres de Tezuka ne porta pas plainte devant les tribunaux internationaux, jugeant que le mangaka, grand admirateur des œuvres de Walt Disney qui l’avaient inspiré à de nombreuses reprises, aurait été flatté que le studio américain s’inspire à son tour de l’une de ses œuvres.


Princesse Saphir

Pendant des années, les œuvres de Tezuka et les productions japonaises en général, animées ou non, subissent un embargo aux États-Unis. Il faut l’intervention d’une importante base de « fans » (notamment dans le domaine de la bande dessinée), le poids du chantage de Disney (qui, ayant ses propres chaînes de télévision et réservant à ses dernières la plus grande part de sa production, n’avait plus grand-chose à offrir) et la multiplication exponentielle du nombre de chaînes de télé pour que les séries japonaises apparaissent à nouveau sur le petit écran américain, au début des années 1990.

En France, au Canada, en Espagne ou en Italie, les séries japonaises ont commencé à connaître un certain succès dès la fin des années 1970. Les séries Astro, le petit robot, Princesse Saphir et Le Roi Léo seront diffusées à la télévision française dans les années 1980. Cette dernière a d’ailleurs été traduite en anglais et en espagnol dès 1966, témoignant la volonté d’exporter l’œuvre à travers le monde.


Princesse Saphir (1967)

C’est le domaine de la bande dessinée qui, en Europe, a résisté le plus longtemps à l’arrivée des productions japonaises. Des bandes dessinées adaptées de séries étaient diffusées en France : les cases étaient réalisées sur place, issues du découpage des scènes de dessins animés japonais, illustrant un scénario réduit au minimum, sans rapport avec les œuvres originales. Pour cette raison, la bande dessinée japonaise a mis énormément de temps à faire savoir son existence en Europe, tandis que les dessins animés étaient eux très largement diffusés, jusqu’à la fin des années 1980 (notamment dans la célèbre émission Club Dorothé), période à laquelle ils ont à nouveau disparu des écrans, sous la pression de personnalités politiques comme Ségolène Royal qui accusaient ces dessins animés de plusieurs maux (moralité douteuse, manque de qualités artistiques, violence, etc).

C’est bien après la disparition de Tezuka que le festival d’Angoulême propose Ayako pour le « prix patrimoine » lors de sa 31ème édition, en 2004, puis, pour la même récompense, Prince Norman  lors de la 33ème édition deux ans plus tard, sans succès dans les deux cas.

Les mangas de Tezuka comptent parmi la première vague de mangas traduits en France, avec notamment les classiques Astro, le petit robot, Le Roi Léo, Black Jack et Bouddha, aux éditions Glénat, Tonkam puis Asuka et Delcourt. Depuis les années 2000, la traduction d’œuvres de Tezuka a fortement augmenté en France et les premières œuvres traduites de Tezuka ont fait l’objet de rééditions.

En 2018, le 46ème Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême accueillait une exposition à l’honneur de Tezuka.

L’ampleur d’un talent

Osamu Tezuka écrit au cours de sa vie plus de 700 œuvres originales. Touche à tout, scénariste inspiré, sa création est résolument moderne et universelle. Il aborde tous les thèmes : de la fresque historique ou épique à la science-fiction et au fantastique, qui font partie de ses domaines de prédilection.

Profondément altruiste, il n’a de cesse de communiquer ses passions (la recherche de la vérité, la philosophie, la science, la littérature) et de transmettre son savoir sous une forme attrayante, ludique et à la portée de tous. Ayant connu les affres de la guerre, l’amour de la vie et la défense de la paix sont une constante de son œuvre. Il exprime lui-même cela : « Ce que j’ai cherché à exprimer dans mes œuvres tient tout entier dans le message suivant : Aimez toutes les créatures ! Aimez tout ce qui est vivant ! »

On peut citer parmi ses œuvres phares :

Bibliographie

  • https://www.babelio.com/auteur/Osamu-Tezuka/2525
  • https://www.bedetheque.com/auteur-1730-BD-Tezuka-Osamu.html
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Osamu_Tezuka
  • https://www.editions-delcourt.fr/auteur/tezuka-osamu.html
  • https://www.manga-news.com/index.php/auteur/TEZUKA-Osamu