S’il vous plaît, dessine-moi une licorne…

Sweats, pyjamas, emoticones, tasses, … À moins de revenir du fin fond de la Sibérie, impossible de ne pas croiser de licorne. Encore que, il également possible que vous en ayez croisé une là-bas (voir encart sur la vrai licorne). Mais depuis quand la licorne fait-elle partie de nos mythes ? Des symboles de sauvagerie et de pureté du Moyen-Âge, notre licorne moderne n’a gardé que la symbolique un peu niaise, tendance cousine de Bisounours. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Alors, en vrai, c’est quoi une licorne ? On vous propose un petit tour d’horizon entre Europe et Asie pour voir que cet animal n’a pas toujours été le gentil petit poney gracieux à la crinière colorée et au cœur tendre.

 

toile-licorne-coeur-f1f

 

D’où vient la licorne ?

De loin ! Il semble que les premières mentions d’un animal à une seule corne et doté de pouvoirs remontent à 2600 ans avant J.C., dans la vallée de l’Indus. En Europe, dès l’antiquité, on trouve des traces de licornes  :  dans des études sur nature (pas dans la boue des chemins, non). Mais le mot, unicornis en latin et monocéros en grec, désigne de manière large tout animal doté d’une seule corne. Il semblerait que notre licorne moderne vienne de l’italien alicorno. Mais là-dessus, les linguistes ne sont pas tous d’accord. Loin d’être un beau cheval à la blancheur immaculée, ce serait plutôt un croisement entre un taureau, un rhinocéros et un cerf… Bref, au départ, la licorne se définit surtout par le fait qu’elle n’a qu’une seule corne.  C’est au Moyen-Âge que la licorne commence à ressembler à celle que nous connaissons : un animal à la robe blanche, entre le cheval et le bouc, vivant au fond des forêts, une grande corne torsadée sur le front.

 

Depuis le Moyen-Âge jusqu’à My Little Pony

 

La licorne se balade entre Asie et Europe

Venant de la vallée de l’Indus, le mythe de la licorne s’est répandu à la fois en Asie et en Europe. On trouve différentes versions de l’animal depuis le Portugal jusqu’au Japon. Les Perses en avaient même deux différentes. La première, le karkadann, plus pure mais moins élégante, est un croisement entre le rhinocéros et le cheval, mentionné dans les Mille et une nuits. Le sahdhahvar est plus gracieux, ressemble à une gazelle à une corne dotée de trous, mais plus perverse. Elle attire les animaux et les humains grâce à la mélodie produite par le vent dans sa corne. Et comme c’est une traitresse, elle les dévore dès qu’ils s’approchent !

Alors, toujours envie de caresser la bêbête ?

Dans les contes traditionnels russes, l’Indrik est une sorte de taureau à tête de cheval avec… une énorme corne au mileu du front ! Chine et au Japon, le Qilin ou Kirin peut prendre différentes formes : entre cerf et cheval, avec écailles ou pelage, une corne ou deux souvent recouverte de fourrure.

Corne et licorne, à fond dans le symbole

Entre pureté et sauvagerie, sagesse et perversité, la licorne est un animal doté d’une symbolique forte. En Europe, elle est surtout un symbole de pureté et de chasteté. En effet, on n’attrape pas une licorne comme on chasse le lièvre ! Seules des jeunes filles vierges peuvent l’approcher. La licorne les reconnaît à l’odeur et attaque toute autre personne qui tenterait de l’approcher de trop prêt. C’est animal très puissant, capable dans certains mythes de battre des éléphants. La jeune fille peut donc servir d’appât pour les chasseurs de licorne : la bête se laisse approcher, s’endort auprès de la jeune vierge, parfois en lui tétant le sein. Les chasseurs de licorne peuvent alors la capturer ou lui voler sa corne. La corne est d’ailleurs la partie la plus symbolique de la licorne, censée lutter contre les poisons et les maladie. Un moyen, donc, de purifier son corps.

Entre symbole phallique et pouvoirs magiques, on est servi !

Avec la version plus contemporaine de la licorne, variations de Mon Petit Poney, le symbole de la pureté de l’enfance se renforce. Et si la licorne ne reste pas cantonnée à l’enfance, c’est peut-être que la symbolique plus ancienne est toujours là . « La licorne représente la dualité entre notre souhait de rester petite fille pure et celui de devenir une femme à la sexualité bestiale« , dixit Marie-Claire dans un article clairement orienté psychologie de comptoir. Mais pourquoi pas… Malheureusement pour les fans de MyLittlePony, la vraie licorne, celle qui existait à la préhistoire n’a pas grand chose de commun avec celle que nous imaginons.

 

cover-r4x3w1000-57e160d31e355-licorne-prehistorique-plus-recente-qu-affirmee source : Science et avenir

La vraie licorne ressemble à un grand rhinoceros

Elasmotherium sibiricum. Non, ce n’est pas une formule magique pour apprivoiser la licorne mais le non d’un pachyderme préhistorique qui vivait en Asie centrale. Des chercheurs russes ont étudié un crâne vieux de 29 000 ans, découvert au Kazakhstan. L’elasmotherium sibiricum (pour le plaisir de la prononciation…) ressemblait à un rhinocéros en plus gros : jusqu’à 5 mètres haut, une corne unique de 1,50 mètres et un peu plus de poils, ère glaciaire oblige. La « petite » bêbête poilue a donc vécu en même temps que l’Homme. Quant à savoir si elle a disparu du fait de changements climatiques ou de sa chasse par l’être humain, les scientifiques n’ont pas encore la réponse.

Depuis ce rhinocéros géant et velu, jusqu’à la licorne magique contemporaine, il ne reste plus qu’à choisir sa version. Reste à enquêter pour savoir si la licorne arc-en-ciel peut fréquenter ou non l’éléphant rose… En attendant de réfléchir à la réponse le week-end prochain un verre à la main, vous pouvez vous rendre au musée Cluny pur visiter l’exposition Licornes magiques jusqu’au 25 février 2019 ou jeter un oeil plus attentif à la tenture de la Dame à la licorne pour y découvrir ses mystères. Bah oui, même en tapisserie, la licorne reste un mystère…